Accéder au contenu principal

Réussir un exercice de plaidoyer aux Nations Unies

Réussir un exercice de plaidoyer aux Nations Unies demande une préparation minutieuse, une connaissance approfondie des dynamiques diplomatiques et une exécution précise. 

Le plaidoyer à l'ONU, qu’il soit pour des causes humanitaires, des questions de droits humains, ou des enjeux politiques, repose sur une stratégie claire et une maîtrise des protocoles internationaux.


Voici un guide structuré pour réussir le plaidoyer aux Nations Unies, depuis la préparation jusqu’à l'exécution :

1. Connaître le contexte et les enjeux institutionnels

Avant de vous lancer dans le plaidoyer à l'ONU, il est crucial de bien comprendre l'organisation, ses organes et ses procédures. Les Nations Unies sont une structure complexe avec différents organes où le plaidoyer peut avoir lieu :

  • Assemblée Générale : Forum de discussion pour tous les États membres, où chaque pays a une voix égale. Idéal pour des campagnes de plaidoyer à large portée.
  • Conseil de Sécurité : Chargé des questions de paix et de sécurité internationales. Se concentrer sur les membres permanents (P5) et non-permanents.
  • Conseil des Droits de l’Homme : Forum clé pour le plaidoyer en matière de droits humains.
  • Écosoc (Conseil économique et social) : Souvent utilisé pour le plaidoyer en matière de développement économique et social.
  • Commissions spécialisées (UNESCO, UNICEF, etc.) : Plaider pour des questions spécifiques liées à l'éducation, la santé, le développement, etc.

2. Fixer des objectifs clairs pour le plaidoyer

  • Définir les résultats attendus : Voulez-vous obtenir un soutien international pour une cause ? Influencer une résolution ? Sensibiliser à une problématique particulière ? Il est important de définir un ou plusieurs objectifs concrets et atteignables.
  • Évaluation des parties prenantes : Qui sont les acteurs essentiels pour que votre plaidoyer soit un succès ? Il peut s'agir de représentants d'États membres, d'organisations intergouvernementales, ou de la société civile.

3. Maîtriser le contenu et les arguments du plaidoyer

  • Recherche approfondie : Vous devez maîtriser parfaitement votre sujet. Cela implique de collecter des données, des statistiques, des exemples concrets, des témoignages, et d’avoir une vision à jour de la question que vous abordez.
  • Contextualisation : Adapter votre argumentation en fonction des priorités des Nations Unies et de la communauté internationale à ce moment précis. Par exemple, s’il y a un sommet climatique ou un débat sur les droits humains, liez votre plaidoyer à ces thèmes pour être pertinent.
  • Cadre légal et international : Assurez-vous de connaître les conventions, les résolutions précédentes, et les traités pertinents. Cela permet de montrer que votre plaidoyer s’inscrit dans les engagements internationaux.

4. Cartographier les alliés et les opposants potentiels

  • Identifier vos alliés : Qui parmi les États membres est susceptible de soutenir votre cause ? Il est essentiel d’identifier ces alliés et de les approcher avant l’événement pour obtenir leur appui.
  • Anticiper l'opposition : Préparez-vous à faire face à des États ou des groupes qui pourraient s’opposer à votre plaidoyer. Analysez leurs arguments habituels et préparez des contre-arguments solides.
  • Établir des partenariats : Collaborez avec d'autres organisations, ONG, ou coalitions qui partagent vos objectifs. Le fait de présenter une coalition unifiée peut renforcer la légitimité de votre plaidoyer.


5. Préparation du discours et des supports écrits

  • Rédiger un discours percutant : Votre discours doit être concis, précis et convaincant. Il doit intégrer des faits vérifiables, des témoignages personnels, et des appels à l’action clairs. Structurez votre discours autour de trois éléments clés : le problème, la solution, et l’appel à l’action.
  • Supports écrits : Préparez des mémorandums, des fiches d’information, des rapports ou des communiqués de presse qui renforcent votre plaidoyer et peuvent être distribués aux délégations et aux journalistes présents.
  • Infographies et visuels : À l'ère des médias, les supports visuels sont cruciaux pour illustrer vos arguments et capter l’attention des délégués. Les graphiques, cartes, et données visuelles peuvent avoir un grand impact.

6. Engager les bonnes personnes à l'ONU

  • Rencontrer les diplomates et représentants : Planifiez des réunions bilatérales ou des discussions informelles avec des diplomates, des représentants des États membres et des fonctionnaires de l'ONU pour leur exposer votre cause avant et pendant la session.
  • Prise de contact avec les membres influents : Cibler les délégations des États membres influents ou les présidents des comités pertinents. Les grandes puissances et les membres permanents du Conseil de Sécurité ont un poids considérable dans la prise de décision.
  • Utiliser les événements parallèles (side events) : Ces événements organisés en marge des sessions officielles de l’ONU sont des occasions d’amplifier votre message dans un cadre moins formel.


7. Exécution du plaidoyer

  • Discours lors de l’intervention officielle : Le moment de prendre la parole est crucial. Voici quelques points à garder en tête :
    • Clarté : Soyez clair dans vos propos et respectez le temps imparti. Votre message doit être facilement compréhensible par les diplomates présents, souvent d’horizons culturels et linguistiques différents.
    • Impact émotionnel : Intégrez des exemples ou témoignages humains pour rendre votre plaidoyer plus engageant et moins abstrait. Les récits personnels ont souvent un impact émotionnel fort.
    • Solutions concrètes : Ne vous limitez pas à dénoncer un problème. Proposez des solutions réalistes et atteignables qui peuvent être mises en œuvre par les États membres ou l’ONU.
  • Interaction et réponse : Soyez prêt à répondre à des questions ou à des critiques posées par d’autres délégations. Préparez des réponses courtes et précises pour réaffirmer votre position tout en montrant de l’ouverture au dialogue.

8. Utiliser les médias et la communication pour soutenir le plaidoyer

  • Conférence de presse : Si possible, organisez une conférence de presse en marge de l'événement pour amplifier la portée de votre message auprès des médias internationaux.
  • Communiqués de presse : Préparez des communiqués de presse adaptés aux médias, avec des citations clés de votre intervention, des statistiques, et un appel à l’action.
  • Médias sociaux : Utilisez les plateformes de médias sociaux pour diffuser en temps réel les moments forts de votre plaidoyer. Un hashtag bien choisi peut également aider à rendre la campagne virale.

9. Suivi post-plaidoyer

  • Évaluation et réajustements : Après votre intervention, évaluez les retours et les réactions des délégations et des médias. Prenez note des soutiens, des critiques, et des points à améliorer pour un futur plaidoyer.
  • Renforcement des alliances : Continuez à cultiver vos alliances avec les délégations qui ont montré un intérêt pour votre cause. Le plaidoyer ne se termine pas avec l’intervention ; il est important de maintenir le dialogue ouvert et d’entretenir le soutien acquis.
  • Suivi sur les résolutions et les actions concrètes : Si votre plaidoyer a contribué à l’adoption d’une résolution ou d’un engagement international, assurez-vous que les États membres suivent leurs promesses. Mettez en place des mécanismes de suivi et de rapport.

10. Préparation mentale et physique

  • Gestion du stress : Le cadre des Nations Unies peut être intimidant. Il est essentiel de bien se préparer mentalement pour gérer le stress de l’intervention. La préparation, les répétitions et une bonne connaissance du sujet vous permettront de rester calme et confiant.
  • Énergie et endurance : Une session à l’ONU peut être longue et épuisante. Assurez-vous d’être en forme physiquement, bien reposé et de rester concentré tout au long de l’événement.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Eléments de langage pour un plaidoyer impactant

Le choix des éléments de langage est crucial pour assurer l'efficacité et la cohérence de votre message, surtout dans des contextes diplomatiques, politiques, ou lors de plaidoyers.  Les éléments de langage sont des expressions, mots-clés et formules qui portent un message spécifique tout en étant adaptés à l'audience, au contexte et aux objectifs.  Voici les principales étapes à suivre pour bien choisir vos éléments de langage : Adaptez au public cible  : Institutionnel, politique, ou grand public. S’appuyer sur les valeurs de l’audience  : Humanitaires, économiques, sécuritaires, etc. Privilégiez un langage positif et engageant  : Axé sur la coopération et l’action. Référez-vous aux cadres juridiques  : Utilisez les conventions, résolutions et traités existants. Soyez répétitif sur les termes clés  : Créez un message cohérent avec des termes identifiables. Tenez compte des sensibilités culturelles  : Ajustez le langage aux contextes spécifiques...

Choisir des éléments de langage

  Questions pour choisir les bons éléments de langage 1. Quel est mon objectif de communication ? Que dois-je faire passer comme message principal ? Mon but est-il d’informer ? de rassurer ? de mobiliser ? de dénoncer ? de fédérer ? Que dois retenir l’auditeur après m’avoir écouté ? 2. À qui je m’adresse ? Quelles sont les attentes, les peurs, les colères, les espoirs de mon public ? Quel est leur niveau de langue, leur culture, leurs références ? Dans quelle langue (ou registre de langue) dois-je parler pour qu’ils m’entendent vraiment ? Est-ce un public de proximité (quartier), un public technique (experts), un public politique (médias ou adversaires) ? 3.   Quels mots déclenchent de l’émotion et de l’adhésion ? Quels mots ont un fort pouvoir d’évocation locale ? (ex. : « terrain », « dignité », « paix », « travail »…) Quels mots ou expressions faut-il absolument éviter car trop usés ou déconnectés ? Comment puis-je dire ce que je ve...

Notre public cible

Les publics cibles d’un parti politique peuvent être variés en fonction des valeurs, des objectifs et des priorités du parti. Voici une liste des principaux segments de population qu’un parti politique pourrait cibler : 1. Catégories sociales Classes populaires rurales : agriculteurs, éleveurs, pêcheurs, commerçants informels, populations souvent concernées par les problématiques de pauvreté et d'accès aux services de base. Classes populaires urbaines : habitants des bidonvilles, travailleurs informels, petits commerçants, transporteurs, artisans, souvent sensibles aux questions de logement, emploi et services publics. Classe moyenne émergente : jeunes professionnels, entrepreneurs, enseignants, cadres moyens, aspirant à des réformes dans l'éducation, la santé, et une amélioration de la gouvernance. Élites économiques : chefs d’entreprise, dirigeants d’entreprises locales et multinationales, opérateurs économiques intéressés par des politiques fiscales avantageuses et la sta...